Photo de groupe fin de semestre du cours d'Olivier Guillet
Projet

Deux minutes pour convaincre

Former par la recherche en cours magistral

Composante : EMS (École de management de la Sorbonne)
Porteur de projet : Olivier Guillet
Public principal : L2 Gestion
Période : 2025-2026 et suivantes
 

Olivier Guillet

Je ne m'ennuie pas dans mon enseignement
« Quel que soit le niveau et l’effectif de mon cours, j’invite mes étudiants à s’engager activement dans des projets. C’est un plaisir de les voir prendre leur place et se découvrir eux-mêmes dans la création et la prise de parole en public. Je me laisse surprendre par leurs propositions »
Olivier GUILLET

Comment engager des centaines d’étudiants dans un cours magistral ? Comment développer l’autonomie des apprenants et les rendre fiers de ce qu’ils apprennent et de ce dont ils sont capables ? Telles sont les questions qui animent Olivier Guillet, maître de conférences en Gestion et Management, depuis ses débuts dans l’enseignement. À travers la mise en place de pédagogies actives dans des amphithéâtres à grands effectifs, il se donne pour défi de mettre les étudiants en recherche et en action. 

Un écosystème pédagogique complet 

Dès ses premières années d’enseignement, Olivier Guillet fait un constat simple : trois heures de cours théorique en mode descendant n’accrocheront pas durablement l’attention des étudiants. Sans formation spécifique initiale en sciences de l’éducation, il commence alors à expérimenter, de manière empirique, une autre façon d’enseigner en grand groupe. C’est à l’université de Nanterre qu’il commence à construire ses dispositifs sur le terrain. Il les affine au fil des lectures, des essais-erreurs et de l’analyse des retours de ses étudiants qu’il sollicite régulièrement pour améliorer ses cours. Après avoir enseigné à Toulon, il a rejoint l’université Paris 1 en 2024, pour le plus grand bonheur des étudiants qui plébiscitent ses méthodes d’enseignement. Aujourd’hui sa pratique pédagogique associe des logiques de projets, de classes inversée, de jeux de rôles et d’évaluation par les pairs en direct pendant le cours. Olivier Guillet a construit un écosystème pédagogique cohérent, décliné à différents niveaux du cursus : L1 (amphithéâtre d’environ 500 étudiants), L2 (environ 200 étudiants), Masters (70 étudiants). À chaque niveau, la même exigence demeure : articuler acquisition de concepts théoriques, réflexion critique et citoyenne, compétences techniques et développement de savoir-faire transversaux attendus dans le monde professionnel. Il ne s’agit donc pas d’introduire ponctuellement des « séances actives » dans un cours magistral traditionnel, mais de proposer une logique d’activités emboîtées sur l’ensemble du semestre en rappelant régulièrement que la gestion est une science de l’action : l’engagement dans des projets individuels ou de groupes n’est pas une parenthèse, mais bien le cœur de l’apprentissage. 

Deux minutes pour convaincre : un challenge 

Dans le cours de L2 de l’année 2025-2026, le fil rouge du semestre consiste à travailler sur la communication des entreprises à partir de scandales réels ou fictifs : Ehpad ORPEA, airbag TAKATA, Nestlé Waters etc. S’appuyant sur l’apport théorique fourni par l’enseignant (responsabilité sociétale, contrat psychologique, dissonance cognitive et autres concepts fondamentaux de la discipline) les étudiants analysent les mécanismes de crise, les atteintes à la réputation et les stratégies de réponse possibles des organisations. Le bouquet final du semestre consiste dans la présentation de vidéos intitulées « Deux minutes pour convaincre » : les groupes jouent le rôle de consultants venant au secours d’entreprises dont la réputation et les ventes sont menacées et doivent proposer, argumentation à l’appui, des solutions de communication pour rétablir la confiance des clients, des salariés ou des investisseurs. S’ils parviennent à convaincre, ils « remportent le marché » – et surtout le bonus au partiel de fin de semestre. L’enseignant commente brièvement chaque prestation en faisant ressortir les points forts de la stratégie, mais ce sont les autres étudiants qui votent à main levée pour établir un classement des groupes. Une dizaine de groupes de L2 ont réalisé des vidéos cette année. Cela représente 40 étudiants, soit environ 15% de l’effectif. 

Scénario et activités du semestre

Le semestre est structuré en six séances de trois heures. Les premières séances posent les concepts clés sous une forme magistrale, accompagnées d’un support écrit – volontairement incomplet afin d’inciter à l’assiduité et à l’écoute active. Entre les séances, les étudiants sont invités à approfondir les notions clé en mobilisant la littérature scientifique, entrant progressivement dans une posture d’apprentissage autonome de la recherche. Ils sont également encouragés à produire des diaporamas qu’ils pourront présenter en amphi ou insérer dans leurs portfolios. Les séances intermédiaires sont en partie consacrées au travail de groupe ou à des prises de paroles d’étudiants : power-point commentés en public et sans notes pour aiguiser la confiance à l’oral. L’enseignant circule, écoute, questionne, aide à structurer les raisonnements et à affiner les méthodologies. La dernière séance est exclusivement dédiée aux présentations et à la projection des vidéos « deux minutes pour convaincre ». Avant chaque cours, Olivier Guillet envoie des messages aux étudiants pour rappeler le travail à faire et l’objet de la séance suivante. Il dépose en ligne les articles à lire ou émissions à regarder en amont du cours. Des activités "devoirs" sont également ouvertes sur l’EPI permettant aux étudiants de transmettre leurs travaux en spécifiant s’ils souhaitent ou non se présenter à la tribune. L’enseignant fournit des liens vers des outils et tutoriels de montage vidéo, de sorte que les étudiants soient autonomes dans la réalisation de leur ressource. Enfin, durant tout le semestre, les étudiants répondent à des enquêtes régulières, qui les invitent à se présenter, à déclarer le travail fait, ou à faire un retour global sur le cours. 

Générer de la participation sans contrôler

L’un des enjeux majeurs du dispositif est de susciter l’engagement sans recourir à un contrôle permanent et sans sanctionner les étudiants. Dès le début du semestre, un contrat pédagogique est posé : les règles du jeu, les formes de participation possibles et les modalités d’évaluation sont clairement annoncées. Olivier Guillet a opté pour des stratégies d’encouragement : la valorisation de la participation par l’octroi de bonus substantiel au partiel, l’appel au sens de la concurrence et au goût de l’auto-dépassement, des évaluations positives et des propositions d’activités qui excitent la curiosité et requièrent de l’ingéniosité. La participation repose sur le volontariat. Certains travaux font l’objet de dépôts sur la plateforme numérique, d’autres de prises de parole à la tribune. Des contrôles ponctuels par échantillonnage sont possibles, mais le dispositif est avant tout fondé sur la confiance : il appartient aux étudiants de déclarer ce qu’ils ont fait – et ça marche ! Ce cadre limite les vérifications et corrections chronophages et délègue aux apprenants la responsabilité de leur implication. L’engagement est un choix assumé, visible et reconnu par l’enseignant qui prend soin de personnaliser au maximum la relation pédagogique, y compris dans le cadre des Licences où les étudiants sont très nombreux. 

Compétences transversales

L’élaboration des livrables et les interventions orales permettent aux étudiants de progresser sur des compétences transversales : préparer une présentation, organiser l’information sur un support, scénariser des vidéos, collaborer, aiguiser son éloquence. Elle leur donne également l’occasion d’exprimer leur style dans des productions graphiques très diversifiées. Ces compétences sont abordées ici dès la Licence, alors qu’elles ne sont généralement développées qu’en Master dans un cours traditionnel. Cet apprentissage précoce renforce la confiance des étudiants pour l’entrée en Master et l’approche de leur future vie professionnelle. 

Ce que les étudiants apprécient

Les enquêtes réalisées auprès de la promotion 2026 montrent des retours très largement positifs. Dans plus de soixante commentaires libres rédigés avec soin, ils témoignent de ce que le cours leur a apporté. En voici une synthèse :

  • Un apprentissage du terrain : les étudiants apprécient d’abord le fait de se mettre à la place de consultants, de managers ou de parties prenantes. Ils ont le sentiment de travailler « comme dans le monde réel », avec des contraintes de temps, de crédibilité et de responsabilité.
  • Une meilleure approche des aspects théoriques : ils soulignent également une meilleure compréhension de notions complexes telles que le contrat psychologique, la dissonance cognitive ou la justice organisationnelle et une rétention optimale de ces concepts par leur mise en application. 
  • Un regard plus distancié sur le monde de l’entreprise : l’analyse des crises révèle des mécanismes récurrents : déni, silence organisationnel, mauvaise communication, perte de confiance et boycott. Plusieurs étudiants indiquent ne plus regarder les marques de la même manière, signe d’un apprentissage à la fois académique et citoyen.
  • Des défis stimulants et formateurs : la production de vidéos argumentatives est perçue comme stimulante et valorisante. Le format court impose une forte exigence de synthèse et de clarté, tout en développant des compétences de structuration de l’information – et de persuasion. Les passages à l’oral, en amphithéâtre, constituent pour beaucoup une expérience marquante : dépassement de la timidité, gain de confiance, fierté d’être sorti de sa zone de confort.
  • Un apprentissage de la coopération : enfin, malgré certaines difficultés inhérentes au travail collectif, les étudiants valorisent l’apprentissage de la coopération, de l’organisation et de la communication au sein des groupes.

L’absence d’anonymat de cette enquête de fin de semestre favorise très certainement les retours constructifs et limite les critiques. Au-delà de cette réserve, il est clair que le cours est très apprécié. Les étudiants plébiscitent une manière différente d’apprendre, plus exigeante, plus efficace et porteuse de sens. La photo de groupe, réalisée à la fin du semestre, montre des étudiants épanouis entourant chaleureusement leur enseignant : une communauté s’est construite et affiche sa fierté d’appartenir à la promotion. Bien sûr, tous les étudiants n’entrent pas dans le jeu. Mais combien d’étudiants ont une écoute véritablement active dans un cours magistral traditionnel ? Certainement pas davantage que dans ce cours aux méthodes alternatives. Environ 15% ou 20 % des étudiants s’impliquent très activement et jouent un rôle moteur. Environ 40 % participent de manière régulière mais plus discrète. Une partie de l’effectif reste en retrait. Le dispositif assume cette hétérogénéité et laisse à chacun la possibilité de moduler son engagement – à ses risques et périls le jour du partiel ou de l’entrée en Master. 

Un cours magistral revitalisé et robuste

Ce type de pédagogie active demande un investissement important, tant pour les étudiants que pour l’enseignant. Il ne saurait être généralisé à l’ensemble des enseignements sans modification substantielle des maquettes car les étudiants n’auraient pas le temps d’absorber l’ensemble des tâches. Du côté de l’enseignant, cela nécessite une scénarisation au cordeau faisant jouer ensemble plusieurs micro-curseurs, une prise de risques et une disponibilité accrue pour accompagner les groupes. En contrepartie, les bénéfices sont clairement identifiés : très peu de correction et de contrôle, moins d’ennui, plus de challenge, un sentiment de communauté renforcé et une plus grande cohérence entre enseignement, recherche et réalité professionnelle. 
Les pédagogies actives en grands groupes restent rares dans l’enseignement supérieur, mais la pratique d’Olivier Guillet montre qu’elles sont possibles lorsqu’elles sont bien conçues. Elles répondent à une demande forte des étudiants pour plus d’autonomie et de sens, tout en proposant une réponse pertinente aux transformations actuelles de l’enseignement, notamment face à l’émergence de l’IA : le dispositif rend visible l’implication et la progression des étudiants et anéantit les stratégies de fraude. En déplaçant l’apprentissage de la restitution vers la création et l’engagement incarné, cette méthode d’enseignement redonne au cours magistral une forme de vitalité sans renier les exigences académiques. 

Des ressources pour aller plus loin

Franck AMADIEU 
Outils numériques et pédagogie différenciée (Vidéo 7 minutes)
Utilisation des ressources numériques : réguler le guidage des apprenants pour les conduire progressivement à l'autonomie. Importance du lien social dans les apprentissages. 

Marie-Christine Dion, Stéphanie Collard
L’apprentissage par projet en enseignement supérieur : un gage de réussite ? (Lecture en ligne 10 minutes)
Un résumé efficace qui propose un tour d’horizon des avantages et défis de l’apprentissage par projet en présentant une revue de littérature et en discutant des opportunités et des étapes de mise en oeuvre de cette méthode d’apprentissage.

Service de la recherche et du développement pédagogique de l’Outaouais
Approches pédagogiques (Lecture en ligne 10 minutes)
Un tour d'horizon des différents types de pédagogies actives (pédagogie inversée, apprentissage par problème, apprentissage par projet, apprentissage coopératif, cercles de lecture etc.)

CCDMD Québec 
Outil d’aide à la scénarisation
Ce site présente des approches pédagogiques à explorer pour construire les enseignements. La page dédiée à la pédagogie par projet est bien détaillée.